Deux jours après une victoire éclatante des Grenadiers 4-1 face à la République dominicaine à Santo Domingo, les autorités dominicaines ont annoncé l'interdiction pure et simple de l'accès de la sélection haïtienne à leurs installations sportives. Une décision prise au lendemain d'incidents survenus aux abords du stade et d'une célébration controversée de l'attaquant Wilson Isidor, et qui relance, une fois de plus, la question explosive des relations entre les deux nations qui se partagent l'île d'Hispaniola.
Le match, disputé le jeudi 1er octobre 2026 au Stade olympique Félix Sánchez, dans le cadre de la troisième journée du groupe A de la Ligue des Nations de la Concacaf, a tourné à la démonstration : Don Deedson Louicius ouvre le score dès la 9e minute sur un service de Ruben Providence, avant un doublé de Wilson Isidor et un but de Yassin Fortuné. Dorny Romero sauve l'honneur dominicain. Score final : 4-1, une troisième victoire consécutive pour des Grenadiers lancés dans une marche triomphale en Ligue des Nations.
Mais c'est l'après-match qui a mis le feu aux poudres. Alors que des supporters haïtiens avaient tenté de forcer l'entrée du stade après que celui-ci eut atteint sa capacité maximale, Wilson Isidor, auteur d'un doublé, a pointé le terrain puis son maillot en lançant : « Hispaniola, c'est Haïti. C'est Haïti. » Le geste, filmé et largement relayé sur les réseaux sociaux, a provoqué une onde de choc en République dominicaine. José Deschamps, président de la fédération dominicaine de football, a dénoncé des propos qu'il juge irrespectueux envers la souveraineté dominicaine, les qualifiant de « totalement déplacés » et contraires aux règlements de la FIFA et de la Concacaf — annonçant le dépôt d'une plainte auprès des instances internationales.
Le vendredi 2 octobre, le ministre dominicain des Sports, Kelvin Cruz, a annoncé une interdiction « totale » d'utilisation des installations sportives du pays par la sélection haïtienne, une position appuyée publiquement par le président dominicain Luis Abinader. Des publications attribuées au capitaine des Grenadiers, Duckens Nazon, sur les réseaux sociaux, ont ajouté à la tension entre les deux fédérations dans les heures qui ont suivi.
Face à l'ampleur prise par l'affaire, l'ambassade d'Haïti à Saint-Domingue a tenu, le samedi 3 octobre, à se démarquer. Dans une note adressée au ministère haïtien des Affaires étrangères (réf. AH/RD/MAE : 166-26), elle affirme que, « contrairement à certaines déclarations relayées par des médias dominicains », elle n'a publié aucune prise de position officielle, ni en son nom propre ni au nom du gouvernement haïtien, à la suite des déclarations du joueur.
C'est dans ce climat que le diplomate haïtien Jean Tholbert Alexis, ancien président de la Chambre des députés, a tenu à apporter une précision sur un point largement ignoré du grand public : « Je tiens à faire une précision importante. Depuis le 18 septembre 2023, j'avais personnellement signé une note interdisant aux équipes nationales de faire leur camp de base en République dominicaine. Si la RD doit recevoir Haïti dans le cadre d'une compétition et qu'elle ne le souhaite pas, la FIFA décidera », a-t-il affirmé.
Cette déclaration recoupe un fait documenté : Haïti n'avait plus organisé de match à domicile en sol dominicain depuis plus de trois ans, une pratique à laquelle la Fédération haïtienne de football avait pourtant longtemps recouru — moyennant environ 10 000 dollars américains par rencontre — faute de pouvoir accueillir des matchs internationaux sur le sol national en raison de l'insécurité. La Concacaf avait exceptionnellement autorisé Haïti à utiliser de nouveau la République dominicaine comme terrain de repli pour cette fenêtre d'octobre et de novembre, en dépit, selon un membre du comité de normalisation de la FHF, d'un chevauchement avec les règlements en vigueur.
L'épisode illustre, une fois de plus, la fragilité des relations sportives entre les deux voisins de l'île d'Hispaniola, où le moindre incident sur un terrain de football peut rapidement prendre une dimension diplomatique. PORT-AU-PRINCE TIME suivra l'évolution de ce dossier, notamment une éventuelle saisine de la FIFA par l'une ou l'autre des deux fédérations.