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International • Mobilisation lycéenne en France

France : face à la colère lycéenne, l'État ne répond que par la force

PORT-AU-PRINCE TIME 6 octobre 2026 7 min de lecture
Une foule dense de lycéens et de manifestants défile dans une rue, certains le visage masqué, des drapeaux syndicaux rouges brandis ; au premier plan à droite, une pancarte en carton proclame « Les lycéens visent le bac, la BAC vise la tête ».
« Les lycéens visent le bac, la BAC vise la tête » : le jeu de mots brandi lors d'une manifestation lycéenne résume, à sa manière, le sentiment d'une jeunesse qui dit ne trouver, en face d'elle, que la force de la Brigade anti-criminalité.

Depuis le 21 septembre 2026, la colère gronde dans les lycées français. Partie de l'Île-de-France, la mobilisation contre les coupes budgétaires dans l'éducation s'est étendue à tout le pays en l'espace de deux semaines : plus de 400 établissements fermés début octobre, une trentaine d'universités rejointes par les étudiants, et plus de 5 000 interpellations, dont 85 % de mineurs. Face à des revendications somme toute classiques, à savoir plus de moyens, des professeurs remplacés et des conditions d'apprentissage décentes, l'État français semble n'avoir trouvé, jusqu'ici, qu'une seule réponse : celle de la force.

Le mouvement trouve sa source dans le budget 2027 de l'Éducation nationale, jugé insuffisant par les organisations lycéennes et étudiantes, et dans la suppression annoncée de postes et de moyens dans de nombreux établissements. Les lycéens réclament le remplacement systématique des professeurs absents, la rénovation de bâtiments scolaires vétustes, et une réforme, voire la suppression pure et simple, de Parcoursup, la plateforme d'orientation post-bac largement décriée. Un premier appel à la mobilisation nationale, le 29 septembre, s'est inscrit dans une journée de grève intersyndicale plus large. C'est toutefois le 1er et le 2 octobre que le mouvement a basculé dans une tout autre dimension.

En quarante-huit heures, plus d'un millier d'établissements scolaires ont connu des actions ou des perturbations à travers le pays, avec environ 400 lycées totalement fermés et une trentaine de campus universitaires bloqués. En Île-de-France, plus de 200 lycées ont été touchés, et une quarantaine de portails ou de sas d'entrée ont été endommagés, pour un coût de dégradations dépassant le million d'euros. Face à cette ampleur, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule de crise au ministère de l'Intérieur, qualifiant la situation de « violence urbaine » plutôt que de mouvement lycéen légitime, une lecture que les organisations syndicales lycéennes rejettent, en se désolidarisant explicitement des actes de dégradation tout en refusant que la totalité du mouvement en soit réduite à cela.

Le bilan humain de la répression, lui, est lourd des deux côtés : au 2 octobre, on comptait déjà plus de 5 000 interpellations depuis le début du mouvement, dont 85 % concernant des mineurs, avec 1 747 interpellations sur la seule journée du vendredi. Les autorités font état de 160 lycéens blessés, 65 membres du personnel éducatif blessés et 305 policiers blessés. Mais ce sont les témoignages individuels, documentés par Amnesty International, qui donnent la mesure du prix payé par des adolescents de quatorze à seize ans : à Lens, le 5 octobre, un jeune de quinze ans a perdu une main dans l'explosion d'une grenade de désencerclement ; dans le Val-d'Oise, le 28 septembre, un adolescent de quatorze ans a été touché au visage par un tir de gaz lacrymogène à bout portant, perdant des dents et subissant une fracture de la mâchoire ; à Alençon, le 29 septembre, une collégienne de quatorze ans a été violemment saisie à la gorge par un policier alors qu'elle criait de douleur ; à Tours, le 30 septembre, un lycéen de seize ans a perdu l'usage d'un œil, vraisemblablement touché par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a ouvert trois enquêtes.

« La jeunesse qui manifeste doit être écoutée, pas réprimée. » (Amnesty International France, à propos de la répression du mouvement lycéen.)

Face à cette accumulation d'incidents, la réponse des autorités a surtout pris la forme de mesures punitives supplémentaires plutôt que d'un dialogue de fond. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a ainsi demandé aux procureurs d'engager des poursuites en responsabilité civile contre les parents des mineurs impliqués dans des dégradations, afin de les faire payer pour les réparations, estimant cette voie plus efficace que l'incarcération de jeunes vandales. Tous les préfets ont par ailleurs reçu instruction d'interdire les rassemblements à proximité des établissements fermés. Seule concession notable à ce stade : le gouvernement a renoncé à instaurer des frais d'inscription en BTS et en classes préparatoires, une mesure budgétaire initialement annoncée, et le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a reçu les organisations lycéennes pour tenter de renouer le dialogue.

Mais pour une partie de la jeunesse mobilisée, ce geste reste très en deçà de ce que la rue réclame, et surtout, très en deçà de ce que des gaz lacrymogènes, des grenades de désencerclement, des tirs de LBD et des menaces de poursuites contre des parents auraient dû, en toute logique, appeler en contrepartie : une écoute réelle des revendications plutôt qu'une gestion de l'ordre public. PORT-AU-PRINCE TIME suit ce dossier avec attention, tant il illustre un schéma que l'on retrouve, sous des formes diverses, dans bien d'autres pays confrontés à la colère d'une jeunesse : celui d'un État qui, face à des adolescents qui réclament simplement des professeurs, des salles de classe décentes et un avenir, ne semble capable de répondre que par la force.

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