Le Yémen a basculé, ces dernières semaines, dans une nouvelle phase de guerre ouverte. La trêve fragile qui contenait tant bien que mal le conflit civil depuis 2022 a cédé fin juin 2026, et les combats entre les Houthis et les forces pro-saoudiennes du gouvernement yéménite reconnu internationalement se sont intensifiés jusqu'à la ligne de front du détroit de Bab-el-Mandeb, l'un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Cette flambée n'est pas isolée : elle s'inscrit dans la guerre plus large que les États-Unis et Israël mènent contre l'Iran depuis le 28 février 2026, et dans une stratégie assumée de Téhéran, qui mise sur ses relais yéménites et irakiens pour rendre la présence militaire américaine dans la région de plus en plus coûteuse — jusqu'à, espère l'Iran, forcer un retrait.
Sur le terrain, les combattants houthis ont multiplié les gains ces derniers jours. Selon un porte-parole du mouvement, leurs forces ont chassé les troupes pro-saoudiennes de six districts représentant environ 5 400 kilomètres carrés, s'emparant notamment de la localité côtière de Dhubab, du camp d'al-Omari et de l'île stratégique de Mayyun — aussi appelée Périm — qui commande l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb. Selon des bilans repris par plusieurs médias, les combats de la première semaine de septembre ont fait plus de soixante morts.
« La liberté de navigation et le commerce international en mer Rouge... demeurent sûrs et ordonnés. » — Un membre du bureau politique houthi, septembre 2026.
Cette assurance reste néanmoins celle du camp qui contrôle désormais la rive orientale du détroit, et non un engagement contraignant. Elle marque en tout cas la fin de facto de la trêve conclue en 2022 sous l'égide de l'ONU, qui avait suspendu sans jamais formellement clore la guerre civile yéménite entamée en 2014. Le processus de dégradation s'est accéléré à partir de fin juin 2026 : un vol iranien a atterri à Sanaa le 3 juillet, une frappe aérienne a visé l'aéroport de la capitale tenue par les Houthis le 13 juillet, et le mouvement a annoncé un blocus naval le 20 juillet. Depuis, les fronts de Taëz, Marib, al-Jawf et Hodeïda se sont rallumés les uns après les autres, ramenant le Yémen au bord d'un retour pur et simple à la guerre civile que la trêve n'avait, en apparence, que mise en pause.
Cette escalade yéménite ne peut se lire isolément de la guerre plus vaste qui oppose depuis le 28 février 2026 les États-Unis et Israël à l'Iran — déclenchée par l'opération « Epic Fury » et l'assassinat du guide suprême Ali Khamenei — et qui s'enlise depuis plus de six mois dans un statu quo meurtrier. Les Houthis, restés en retrait après le cessez-le-feu de Gaza d'octobre 2025, ont repris les hostilités le 28 mars 2026 en tirant des missiles sur Israël, disant agir « en soutien à nos frères en Iran » et en « coordination conjointe » avec Téhéran et le Hezbollah. Leur bascule dans le conflit saoudo-yéménite, à partir de la mi-juillet, a ensuite transformé un théâtre jusque-là relativement contenu en un second front de la guerre irano-américaine.
C'est précisément cette stratégie de pression par procuration que des responsables occidentaux et régionaux, cités le 9 septembre par l'Associated Press, disent voir se déployer méthodiquement. Selon eux, l'Iran construit un nouveau réseau de relais — houthis au Yémen, milices chiites en Irak — destiné à faire payer un prix croissant à ses adversaires du Golfe et à leur allié américain, sans jamais engager directement les forces iraniennes elles-mêmes. En Irak, des drones tirés depuis la province de Maysan ont frappé début septembre l'oléoduc Est-Ouest saoudien, dans les régions de Riyad et de Médine, forçant l'arrêt par précaution d'une infrastructure capable d'acheminer sept millions de barils par jour. Bagdad a limogé le commandant des opérations de Maysan et ouvert une enquête ; aucun groupe armé irakien n'a revendiqué l'attaque, et ni l'Irak ni l'Arabie saoudite n'ont formellement accusé Téhéran — mais Riyad s'est réservé le droit de riposter.
Le calendrier américain, lui, ne varie pas : le retrait complet des forces de la coalition en Irak reste fixé au 30 septembre 2026, avec le départ des systèmes de défense antiaérienne actuellement déployés au Kurdistan irakien. Or cette région a déjà essuyé plus d'un millier de tirs de drones et de missiles attribués aux milices proalliées de l'Iran depuis février, y compris contre les bureaux mêmes de dirigeants kurdes. Des analystes doutent par ailleurs du désarmement promis de ces groupes, estimant que leur intégration annoncée aux Forces de mobilisation populaire, la structure paramilitaire officielle irakienne, relève surtout d'un moyen de « repousser le problème », leurs arsenaux demeurant de fait entre les mêmes mains.
Sur le volet militaire, Washington a jusqu'ici résisté aux appels à s'impliquer plus directement au Yémen : le président Trump a refusé, le 11 septembre, une demande saoudienne de frappes américaines directes contre les positions houthies, malgré l'aggravation des combats et les attaques contre les infrastructures pétrolières du royaume. Le Commandement central américain (CENTCOM) n'a d'ailleurs publié aucun communiqué depuis trois jours ni revendiqué de nouvelle frappe. Le coût de la défense antiaérienne, lui, s'alourdit : environ trente intercepteurs Patriot auraient été consommés pour repousser une salve de vingt missiles iraniens dans la nuit du 8 au 9 septembre, portant à environ 65 % la part du stock américain d'avant-guerre déjà épuisée.
Un début d'ouverture diplomatique s'est toutefois dessiné cette semaine : l'Iran observe depuis trois jours consécutifs — la plus longue pause depuis fin août — une trêve de facto sur ses tirs de missiles et de drones, à la veille d'une réunion ministérielle Golfe-Iran prévue le 14 septembre à Oman, la première depuis février. Le président iranien Massoud Pezeshkian a affirmé que le détroit d'Ormuz rouvrirait « si Washington met fin à son blocus », et a annoncé la signature, lors de cette rencontre, d'un accord de route maritime partagée avec Oman.
Le fil qui relie ces développements est celui d'un calcul iranien assumé : plutôt que d'affronter directement la puissance militaire américaine, Téhéran mise sur l'épuisement progressif de la volonté de Washington à maintenir une empreinte régionale coûteuse en hommes, en munitions et en attention politique — en laissant ses relais houthis et irakiens faire monter la pression, district par district, oléoduc par oléoduc, sans jamais franchir le seuil d'une confrontation ouverte entre États. Le retrait programmé d'Irak, présenté comme une décision américaine souveraine, est aussi, pour les stratèges iraniens, la première preuve tangible que cette stratégie porte ses fruits.
PORT-AU-PRINCE TIME suit ce dossier parce qu'un désengagement militaire américain du Moyen-Orient, une flambée prolongée des prix du pétrole ou une fermeture durable de routes maritimes stratégiques comme Bab-el-Mandeb auraient des répercussions bien au-delà de la région : sur le coût de l'énergie et du fret pour Haïti, sur l'attention diplomatique et sécuritaire que Washington peut consacrer à d'autres crises, et sur les équilibres économiques qui touchent aussi, indirectement, la diaspora haïtienne.
Sources
- Houthis, Yemeni forces engaged in fierce battles: Why each front matters — Al Jazeera
- Saudi-Houthi fighting in Yemen escalates: What happened and what's next — Al Jazeera
- Iran using Houthis, Iraqis as proxies vs US, Gulf allies — officials — The Associated Press
- Iran War 2026 — Day 196 Update, 11 September 2026 — GlobalSecurity.org
- US withdrawal from Iraq will be watched closely by Iran-backed militias, Kurds — The Jerusalem Post
- Houthis in the 2026 Iran war — Wikipedia
- US-Israel war on Iran: Six months down the line, in numbers — Al Jazeera