Le 7 septembre 2026, plusieurs centaines de milliers d'écoliers haïtiens doivent reprendre le chemin de l'école. Cette rentrée, fixée par le ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), intervient dans un pays où près d'1,5 million de personnes vivent aujourd'hui déplacées à l'intérieur de leurs propres frontières, selon les dernières estimations des Nations unies, et où l'économie peine toujours à sortir d'un cycle de contraction entamé il y a plusieurs années. Entre les chiffres macroéconomiques et la réalité des familles qui ne savent pas comment payer un uniforme ou des cahiers, l'écart reste immense.
Sur le plan économique, les signaux restent contrastés. Dans son rapport régional d'avril 2026, le Fonds monétaire international table sur une contraction de 1,7 % du PIB haïtien pour cette année — une amélioration par rapport aux reculs de 4,2 % en 2024 et 2,7 % en 2025, mais une récession tout de même, la quatrième année consécutive dans le rouge. La Banque mondiale, de son côté, se montre plus optimiste et évoque une croissance possible de 2 % en 2026, un chiffre qu'elle qualifie elle-même de « hautement conditionnel » à des progrès sur la sécurité, au déploiement effectif de la force multinationale de soutien à la sécurité et à la tenue d'élections jugées crédibles. Ces deux institutions ne mesurent pas exactement la même chose de la même manière, mais leur message de fond converge : toute reprise reste suspendue à des conditions sécuritaires qu'Haïti n'a pas encore réunies. Installé à la tête du ministère de l'Économie et des Finances depuis le 25 février 2026, Serge Gabriel Collin a fait de la rigueur budgétaire l'un des axes centraux de son mandat, avertissant que le recours au financement monétaire — déjà utilisé à hauteur d'environ 13,6 milliards de gourdes malgré les engagements pris dans le cadre du programme du FMI — affaiblit la monnaie et alimente une inflation qui frappe d'abord les familles les plus vulnérables. « Ce n'est pas une option, c'est une nécessité », a-t-il déclaré en prenant ses fonctions, appelant en parallèle les citoyens à payer l'impôt comme geste de « contribution à la reconstruction du pays ».
Pour l'écrasante majorité des ménages, ces pourcentages restent abstraits face à une réalité beaucoup plus concrète : le prix des fournitures scolaires, des frais d'inscription et de l'uniforme grimpe chaque année, dans un pays où le pouvoir d'achat continue de s'éroder après plusieurs années de récession cumulée. Pour les familles déplacées par la violence des gangs, qui ont souvent tout perdu dans la fuite, la question n'est plus celle du choix de l'école, mais de savoir si un enfant pourra, cette année encore, être scolarisé du tout.
Du côté des infrastructures, des efforts sont visibles : dans plusieurs établissements de Delmas et de Pétion-Ville, des travaux de réhabilitation ont été engagés — bâtiments repeints, tôles remplacées, matériel de bureau renouvelé pour appuyer la reprise administrative. Mais ces efforts contrastent avec la situation d'établissements emblématiques comme les lycées Toussaint Louverture, Alexandre Pétion et Jean-Jacques Dessalines, qui ne peuvent toujours pas fonctionner normalement en raison de l'insécurité qui touche leurs quartiers. Pour des milliers d'élèves de la zone métropolitaine, la rentrée du 7 septembre restera donc, une fois de plus, un objectif officiel plus qu'une certitude vécue.
Face à cette situation, l'Association des parents d'élèves d'Haïti a formulé plusieurs demandes précises au gouvernement : un soutien direct aux familles vulnérables, en particulier celles hébergées dans des camps de fortune depuis leur déplacement ; un quatorzième mois de salaire pour les enseignants, réclamé par son coordonnateur Fedner Confident afin qu'ils puissent mieux préparer la nouvelle année ; et des mesures concrètes de sécurisation dans les zones affectées par la violence armée. À ce stade, aucune réponse détaillée et chiffrée du gouvernement à ces demandes n'a été rendue publique.
C'est dans ce contexte que la situation des déplacés pèse le plus lourd. Selon l'ONU, plus de 110 000 personnes ont été rapatriées de force vers Haïti depuis le début de l'année 2026, dont de nombreuses femmes et enfants, arrivant le plus souvent sans ressources suffisantes. Dans les camps où s'entassent une partie des 1,5 million de déplacés internes du pays, les organisations humanitaires signalent des pénuries aiguës d'abris, de nourriture, d'eau potable, de soins de santé et de soutien psychosocial — une situation que la saison cyclonique, déjà en cours, risque encore d'aggraver. Pour ces familles, la rentrée scolaire n'est pas seulement un défi budgétaire : c'est une question de survie qui se pose avant même celle de l'école.
« Prendre leurs responsabilités et adopter des mesures concrètes pour sécuriser les zones affectées. » — l'Association des parents d'élèves d'Haïti, dans son appel au gouvernement avant la rentrée du 7 septembre.
Se pose alors une question simple, que peu de discours officiels abordent frontalement : que signifie concrètement, pour un parent qui vit sous une bâche depuis des mois, l'annonce d'une reprise économique de 2 % ou d'une rentrée scolaire réussie ? À défaut de pouvoir résoudre en quelques semaines une crise sécuritaire qui dure depuis des années, l'État doit au minimum de la transparence : un chiffrage précis de l'aide promise aux familles déplacées, un calendrier de sécurisation des zones où se trouvent les écoles fermées, et un mécanisme de suivi public permettant de vérifier, au fil des semaines, si les enfants des camps retrouvent effectivement le chemin d'une salle de classe.
Car c'est bien là que se jouera, au fond, la crédibilité de toute promesse de reprise économique : non dans les pourcentages avancés par le FMI ou la Banque mondiale, mais dans la capacité de l'État à traduire ces chiffres en cahiers, en uniformes et en salles de classe sécurisées pour les enfants les plus exposés du pays.
Sources
- Haïti : le FMI table sur -1,7 % de croissance du PIB dans son rapport d'avril 2026 — Le Nouvelliste
- Rentrée scolaire fixée au 7 septembre 2026, l'Association des parents d'élèves appelle à des mesures d'accompagnement — Le National
- Rentrée scolaire 2026 en Haïti : entre réhabilitation des écoles et inquiétudes sécuritaires — Vant Bèf Info
- Haïti-violence : près de 1,5 million de déplacés internes et plus de 110 000 rapatriés forcés depuis le début de l'année, selon l'ONU — RHI News
- Serge Gabriel Collin prend la tête du ministère de l'Économie et des Finances et appelle à restaurer l'équilibre des finances publiques — Gazette Haiti
- Haïti : lancement du processus d'élaboration du budget 2026-2027 axé sur la sécurité et la relance économique — Vant Bèf Info