Trois heures d'entretien avec Vladimir Poutine à Moscou le 5 septembre 2026, puis, dès le lendemain, un premier déplacement à Kyiv pour rencontrer Volodymyr Zelensky : les envoyés américains Jared Kushner et Steve Witkoff viennent de relancer, en l'espace de quarante-huit heures, un processus de paix que plus grand-monde n'attendait plus à ce stade de la guerre. Une guerre qui, depuis l'invasion russe du 24 février 2022, dure désormais depuis plus de quatre ans et demi.
À l'issue de la rencontre au Kremlin, peu de détails concrets ont filtré sur le contenu exact d'un éventuel plan de paix. Poutine a chargé les deux émissaires de transmettre ses salutations et sa gratitude au président Trump, tout en résumant lui-même l'état des discussions en trois mots : « Ce n'est pas simple. » Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov a évoqué, de façon tout aussi évasive, « un certain nombre d'idées concernant les pistes possibles vers un règlement », tandis qu'un responsable de la Maison-Blanche affirmait que des « plans substantiels pour les prochaines étapes » avaient été discutés — sans plus de précision, sinon la promesse d'une annonce « dans les semaines à venir ».
Deux gestes concrets, bien que limités, ont néanmoins accompagné ces discussions : une trêve réciproque et temporaire des frappes — la Russie s'engageant à ne pas viser Kyiv pendant trois jours à partir de minuit le 5 septembre, l'Ukraine s'abstenant symétriquement de frapper Moscou jusqu'au lundi 7 septembre — ainsi que la libération, saluée par Washington, du vétéran américain Robert Gilman, détenu en Russie depuis 2022. Des signaux de bonne volonté réels, mais qui restent, à ce stade, bien en deçà d'un cessez-le-feu durable.
« Ce n'est pas simple. » — Vladimir Poutine, au terme de sa rencontre du 5 septembre 2026 avec les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou.
C'est dans ce contexte encore flou que Kushner et Witkoff se sont rendus à Kyiv le 6 septembre — leur toute première visite en Ukraine depuis le début de ce processus de paix relancé sous l'administration Trump. Volodymyr Zelensky n'a cessé de répéter, y compris lors du sommet de Paris du 5 janvier 2026 réunissant une trentaine de pays de la « Coalition des volontaires », que de véritables « garanties de sécurité » demeurent, pour Kyiv, la condition de base de tout accord — en particulier si celui-ci devait un jour inclure des concessions territoriales. C'est également lors de ce sommet que Donald Trump avait, pour la première fois, reconnu publiquement que « l'Ukraine obtiendra de solides garanties de sécurité ».
Steve Witkoff et Jared Kushner ne sont pas des diplomates de carrière : le premier, promoteur immobilier newyorkais devenu envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient puis pour les missions de paix, a été de toutes les négociations sensibles de cette administration, du cessez-le-feu Israël-Hamas de janvier 2025 aux discussions sur le nucléaire iranien. Le second, gendre du président et lui aussi issu de l'immobilier, a été nommé en février 2026 envoyé spécial pour la paix à ses côtés. Ensemble, ils avaient déjà rencontré Poutine près de cinq heures durant en décembre 2025 — avant que le dossier ukrainien ne reste gelé pendant six mois, le temps que Washington concentre son attention sur l'Iran, où leurs pourparlers avaient fini par s'effondrer, débouchant sur l'opération militaire conjointe américano-israélienne du 28 février 2026. Un précédent qui incite à la prudence autant qu'à l'espoir quant à l'issue de leur nouvelle médiation.
Car c'est bien l'ampleur du prix payé qui donne tout son poids à cette relance diplomatique. Selon la Mission de surveillance des droits de l'homme des Nations unies en Ukraine, au moins 16 431 civils ont été tués et 48 613 blessés entre février 2022 et fin juin 2026 — un bilan que l'ONU elle-même juge probablement inférieur à la réalité, faute d'accès à toutes les zones touchées. L'année 2025 a été, à elle seule, la plus meurtrière pour les civils depuis le début de l'invasion, avec 2 514 morts, soit une hausse de 31 % par rapport à 2024. À ces chiffres s'ajoutent des pertes militaires bien plus lourdes encore, quoique invérifiables avec certitude : plusieurs centres d'analyse occidentaux les estiment, cumulées des deux côtés du front, à plusieurs centaines de milliers de morts. Ce ne sont donc pas de simples milliers de victimes que cette guerre a fait payer, mais des centaines de milliers de vies brisées, dans les tranchées comme dans les villes bombardées.
Trois heures de discussions à Moscou et une trêve de quelques jours ne constituent évidemment pas la paix. Mais après six mois de silence diplomatique et l'échec cuisant du précédent dossier confié aux mêmes émissaires, cette double étape — Moscou puis, pour la première fois, Kyiv — a au moins le mérite de remettre l'objectif d'un règlement négocié au centre de l'agenda. Reste à savoir si les « prochaines étapes » promises pour les semaines à venir seront à la hauteur de ce qu'attendent, de part et d'autre du front, des populations pour qui chaque jour de guerre supplémentaire se compte, lui aussi, en vies humaines.
Sources
- U.S. envoys Witkoff and Kushner arrive in Kyiv after talks with Putin in Moscow — The Washington Post
- Trump envoys Witkoff and Kushner arrive in Ukraine after Putin talks in new push to end war — CBS News
- Witkoff and Kushner to take US peace push to Kyiv after meeting Putin in Moscow — CNN
- U.S. envoys Steve Witkoff and Jared Kushner meet with Putin again, ahead of their first-ever visit to Ukraine during peace effort — Fortune
- Trump envoy Steve Witkoff heads to Moscow as Ukraine peace talks gain momentum — Fox News
- Witkoff, Kushner and the Paris security summit for Ukraine — Axios
- 2025, année la plus meurtrière pour les civils en Ukraine depuis 2022 — Mission de surveillance des droits de l'homme des Nations unies en Ukraine (HCDH)