Dans la nuit du dimanche 23 au lundi 24 août, des hommes armés de la coalition Viv Ansanm ont attaqué un site accueillant des familles déplacées, réfugiées dans l'enceinte de l'église de l'Arche de la Nouvelle Alliance, à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince. Les bilans, encore incertains à ce stade, font état d'au moins 47 morts dont cinq enfants, parmi lesquels vingt-deux personnes exécutées à l'intérieur même du lieu de culte, plus de cinquante enlèvements et une vingtaine de blessés, selon les décomptes les plus repris par les Nations unies et plusieurs médias internationaux.
Commune agricole perchée au-dessus de Pétion-Ville, Kenscoff avait pourtant enregistré, entre janvier et août 2026, une baisse de 66 % des violences sur son territoire — un répit fragile que ce carnage vient brutalement anéantir. L'attaque s'inscrit dans une séquence déjà documentée : une première incursion, moins meurtrière, y avait été rapportée en janvier 2025, tandis qu'un massacre comparable frappait la commune voisine d'Arcahaie, à Labodrie, en septembre de la même année, faisant une cinquantaine de morts. Selon les analystes du centre de recherche ACLED, cette répétition traduit une stratégie délibérée de la coalition Viv Ansanm : encercler la zone huppée de Pétion-Ville et verrouiller les axes menant vers le sud du pays, en soumettant par la terreur les populations rurales qui s'y trouvent.
Les victimes sont, pour l'essentiel, des familles déjà déplacées par la violence des gangs ailleurs dans l'aire métropolitaine, venues chercher refuge dans l'enceinte de l'église. Plus de 2 600 habitants supplémentaires ont fui la zone dans les heures suivant l'attaque, selon les Nations unies. Un chef de gang se présentant comme « Izo 2 », lié au groupe armé de Johnson André, a publié une vidéo menaçant d'exécuter des otages en cas d'intervention des forces de sécurité contre ses hommes.
Face à l'ampleur du carnage, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé, à l'issue d'une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Police nationale, une réponse ferme, promettant de traquer les responsables et de démanteler les réseaux criminels impliqués. Le chef de la Police nationale, Vladimir Paraison, a de son côté ordonné l'ouverture d'une enquête interne pour établir d'éventuelles négligences, voire complicités, de membres des forces de l'ordre présentes dans la zone au moment des faits.
« Nous ne pouvons parler d'aucun plan. » — porte-parole de la Police nationale d'Haïti, le 27 août 2026.
Cette déclaration, prononcée quarante-huit heures à peine après les annonces du Premier ministre, a cristallisé la frustration d'une partie de la population face à l'absence de dispositif opérationnel visible sur le terrain. Elle illustre un décalage récurrent, déjà observé après les précédents massacres de Kenscoff et de Labodrie, entre la fermeté des discours officiels et la capacité réelle de l'État à protéger les populations les plus exposées.
Ce décalage s'explique en partie par le vide sécuritaire laissé par le retrait, en avril 2026, de la mission multinationale d'appui à la sécurité conduite par le Kenya, qui n'est jamais parvenue à inverser le rapport de force face aux gangs. La force de suppression des gangs adossée aux Nations unies, censée prendre le relais, peine toujours à se déployer pleinement plusieurs mois après son annonce. Dans cet intervalle, la coalition Viv Ansanm, dirigée par l'ex-policier Jimmy « Barbecue » Chérizier et désignée organisation terroriste étrangère par les États-Unis — qui offrent cinq millions de dollars pour sa capture —, a continué d'étendre son emprise, contrôlant désormais, selon les estimations, entre 70 % et 80 % de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.
La communauté internationale a réagi promptement sur le plan symbolique : le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a qualifié la situation d'alarmante et le Conseil de sécurité a tenu une session d'urgence dans les jours suivant l'attaque. L'Organisation des États américains a condamné le massacre, l'archevêque de Port-au-Prince a appelé à ce que cesse l'effusion de sang, et Amnesty International a exigé justice et protection pour les populations vulnérables. Mais ces condamnations, aussi fermes soient-elles, ne se sont pas encore traduites, à ce stade, par un renforcement tangible de la protection des communes exposées comme Kenscoff.
Le contexte aggrave encore la vulnérabilité des populations déplacées : ce massacre survient la même semaine que la reprise des vols de déportation depuis les États-Unis vers Haïti, malgré une alerte officielle déconseillant tout déplacement vers le pays, et que la perte du statut de protection temporaire pour environ 350 000 ressortissants haïtiens. À moins de deux jours du scrutin général du 30 août, cette tragédie relance avec une acuité nouvelle la question des garanties sécuritaires que l'État transitoire sera en mesure d'offrir aux électeurs, en particulier dans les zones rurales les plus exposées à l'activité des gangs.
PORT-AU-PRINCE TIME suivra l'évolution de l'enquête policière annoncée, ainsi que les mesures concrètes — ou leur absence — prises par les autorités pour protéger les populations les plus vulnérables du pays.