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Élections • Institutions

Fraude aux listes de 30 000 membres : l'ONI met en garde ses employés et durcit ses règles de protection des données

Par Wisner LaguerreSpécialiste en Relations internationales et Études diplomatiques 1er septembre 2026 6 min de lecture
Logos officiels du Conseil électoral provisoire (CEP) et de l'Office national d'identification (ONI) d'Haïti.
Le CEP fixe à 30 000 le nombre minimal d'adhérents exigé pour l'enregistrement d'un parti politique ; l'ONI, qui délivre le NINU et la CIN, joue un rôle clé dans la vérification de ces listes.

L'Office national d'identification (ONI) a adressé, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, une note circulaire à l'ensemble de son personnel, lui interdisant formellement de « soustraire, copier, transférer, communiquer, divulguer, vendre, altérer ou utiliser sans autorisation » les données auxquelles ses employés ont accès dans le cadre de leurs fonctions. L'information, révélée par Vant Bèf Info puis corroborée le lendemain par Le Nouvelliste, intervient alors que plusieurs formations politiques ont signalé des anomalies dans les listes de 30 000 adhérents que le Conseil électoral provisoire (CEP) exige pour tout parti souhaitant participer au scrutin du 13 décembre.

Selon les deux médias, ces anomalies concernent en particulier le Numéro d'Identification National Unique (NINU), utilisé pour constituer et vérifier les listes de membres : plusieurs citoyens seraient apparus inscrits comme adhérents auprès de plus d'une formation politique à la fois. La note de l'ONI prévoit des sanctions pouvant aller « jusqu'à la révocation » pour tout employé impliqué dans une utilisation irrégulière des données, ainsi qu'une transmission du dossier aux autorités judiciaires. L'institution interdit par ailleurs à ses agents de se servir de leurs fonctions pour favoriser ou défavoriser un candidat, un parti ou un regroupement politique.

Ni Vant Bèf Info ni Le Nouvelliste ne citent de responsable de l'ONI par son nom, et aucun des deux articles n'affirme qu'une fraude a été établie ou que des sanctions ont d'ores et déjà été appliquées : il s'agit, à ce stade, d'anomalies signalées et de mesures présentées comme préventives, non de faits confirmés ni de coupables identifiés. PORT-AU-PRINCE TIME n'a trouvé aucune déclaration publique nominative — ni du directeur général de l'ONI, ni d'un porte-parole — commentant spécifiquement cette note circulaire.

« Les employés impliqués dans de telles pratiques s'exposent à des sanctions pouvant aller jusqu'à la révocation et à des poursuites judiciaires. » — note circulaire de l'ONI, citée par Le Nouvelliste, 1er septembre 2026.

Cette mise en garde institutionnelle fait écho à une controverse que PORT-AU-PRINCE TIME avait déjà rapportée le 29 août : une publication virale sur Facebook, attribuée à un compte se présentant sous le nom « Wendy Phele résistance », accusait sans preuve documentée plusieurs formations politiques d'avoir gonflé artificiellement leurs listes de 30 000 adhérents grâce à des données de l'ONI. Cette accusation reposait alors sur un seul compte anonyme, sans validation indépendante possible. La note circulaire de l'ONI, elle, est un acte institutionnel confirmé par deux rédactions distinctes — mais elle ne valide pas pour autant les affirmations spécifiques de cette publication, qui restent, à ce jour, non vérifiées.

Le seuil de 30 000 adhérents découle du décret électoral révisé par lequel le CEP a fixé les conditions d'enregistrement des partis en vue du scrutin du 13 décembre — une barre à laquelle doivent désormais se mesurer plus de 119 partis et regroupements politiques enregistrés, sur plus de 300 recensés à l'origine. L'ONI, qui délivre le NINU et la Carte d'Identification Nationale (CIN), constitue une partie de l'infrastructure sur laquelle s'appuie le CEP pour prévenir les inscriptions multiples et les usurpations d'identité — un rôle que Vant Bèf Info qualifiait, dès le 22 juillet, de « maillon essentiel de la fiabilité du processus électoral ».

Le directeur général de l'ONI, Reynold Guerrier, s'était mis en scène fin août en s'inscrivant lui-même comme électeur et en appelant les citoyens à récupérer leur CIN, annonçant à cette occasion un élargissement des points de service et des horaires d'ouverture, y compris le week-end. Ni lui ni aucun autre responsable de l'institution n'a toutefois pris la parole publiquement, à la connaissance de PORT-AU-PRINCE TIME, au sujet spécifique de cette note circulaire et des anomalies qui l'ont motivée.

Une publication distincte, partagée sur la page Facebook « Nouvel 9 » et évoquant dans son titre la révocation de plusieurs employés de l'ONI pour fraude, circule également sur les réseaux sociaux. PORT-AU-PRINCE TIME n'a pas pu accéder à son contenu ni établir si elle se rapporte au même épisode ou à un fait distinct et antérieur, et choisit donc de ne pas la relayer tant qu'elle n'aura pas pu être vérifiée de façon indépendante. Cet article sera mis à jour si l'ONI, le CEP ou les partis concernés venaient à réagir publiquement, ou si de nouveaux éléments vérifiables permettaient de confirmer ou d'infirmer l'existence d'une fraude avérée.

Sources

  1. Vol ou manipulation de données : l'ONI durcit le ton et menace ses employés de lourdes sanctions — Vant Bèf Info
  2. Élections : l'ONI interdit toute utilisation politique de ses services et insiste sur la protection des données — Le Nouvelliste
  3. 30 000 membres pour participer aux élections, des leaders et partis s'en réjouissent — Le Nouvelliste
  4. Élections en Haïti : l'ONI, un maillon essentiel de la fiabilité du processus électoral — Vant Bèf Info
  5. Élections : le DG de l'ONI s'inscrit comme électeur et appelle les citoyens à récupérer leur CIN — Vant Bèf Info
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