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Culture • Portrait

René Depestre, cent ans : l'itinéraire d'un géant de la littérature haïtienne

Par Wisner LaguerreSpécialiste en Relations internationales et Études diplomatiques 29 août 2026 6 min de lecture
René Depestre, écrivain haïtien, portrait en veste de velours bleu marine.
L'écrivain René Depestre, né le 29 août 1926 à Jacmel, fête aujourd'hui son centenaire.

Il naît à Jacmel le 29 août 1926. Cent ans jour pour jour, René Depestre reste l'une des voix les plus singulières qu'Haïti ait données à la littérature de langue française — un homme dont la vie, tout autant que l'œuvre, se lit comme une traversée du siècle : celle d'un pays, d'un continent noir en quête de décolonisation, et d'un exil qui ne l'aura jamais séparé, au fond, de sa terre natale.

Adolescent, il fréquente les Frères de l'Instruction chrétienne puis le collège Pétion, à Port-au-Prince, avant de publier dès l'âge de dix-neuf ans son premier recueil de poèmes, Étincelles, en 1945. L'année suivante, il participe activement aux mouvements étudiants de janvier 1946 qui contribuèrent à la chute du président Élie Lescot — un engagement qui lui vaut d'être arrêté, emprisonné, puis contraint à un premier exil. Ce sera le début d'un itinéraire hors du commun : la Sorbonne à Paris, Prague, Cuba sous Batista, l'Autriche, le Chili, l'Argentine, le Brésil, avant un retour en Haïti en 1956, où il est assigné à résidence pour avoir refusé de collaborer avec le régime de François Duvalier.

En 1959, c'est Che Guevara en personne qui l'invite à rejoindre Cuba, où il restera près de vingt ans, occupant tour à tour des fonctions au ministère des Relations extérieures, dans l'édition nationale et au Conseil national de la culture, avant de rompre avec le régime cubain en 1978 et de regagner la France. Il y travaillera au secrétariat de l'UNESCO jusqu'en 1986, avant de se retirer à Lézignan-Corbières, dans l'Aude, où il vit toujours. Naturalisé français en 1991, il n'a pourtant jamais cessé d'écrire Haïti — son histoire, son vodou, son imaginaire créole — comme le montre en particulier Hadriana dans tous mes rêves, roman couronné par le prix Théophraste Renaudot en 1988, aujourd'hui considéré comme l'un des sommets du réalisme merveilleux caribéen.

Son œuvre, riche d'une trentaine de titres mêlant poésie, romans et essais — de Gerbe de sang (1946) au Mât de cocagne (1979), son premier roman, en passant par Alléluia pour une femme-jardin, distingué par le prix Goncourt de la nouvelle en 1982 —, lui a valu une reconnaissance internationale saluée notamment par le prix Guillaume Apollinaire, une bourse Guggenheim et le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde. Mais Depestre est aussi resté, tout au long de sa vie, un penseur exigeant de l'identité noire : dans son essai Bonjour et adieu à la négritude, il porte un regard critique sur ce concept qu'il a interrogé dès sa jeunesse, tout en rendant hommage à la portée visionnaire d'Aimé Césaire, dont il fut proche.

Cette année de son centenaire est aussi celle où Haïti lui rend, à sa manière, hommage. Depuis le 29 août 2025, une année de célébrations a été organisée à travers le pays : au Musée de la Monnaie de Cap-Haïtien, une exposition retraçant son parcours littéraire et politique a été inaugurée en avril, accompagnée de la réédition de l'ensemble de son œuvre poétique sous le titre Rage de vivre. En France, où il vit depuis près de cinquante ans, un colloque international lui a été consacré à Limoges, réunissant chercheurs et artistes autour de son œuvre, tandis que la diaspora haïtienne l'a célébré lors d'événements organisés par l'ambassade d'Haïti.

Aujourd'hui envoyé spécial de l'UNESCO pour Haïti et oncle de Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada, René Depestre incarne, à cent ans, une trajectoire que peu d'écrivains haïtiens auront connue : celle d'un homme chassé plusieurs fois de son pays et de plusieurs terres d'accueil, qui n'aura jamais renoncé ni à sa plume, ni à son attachement à Haïti. En ce jour de centenaire, PORT-AU-PRINCE TIME salue un parcours qui rappelle, avec une force particulière, tout ce que la voix haïtienne peut apporter au monde, y compris depuis l'exil le plus lointain.

Sources

  1. René Depestre — Wikipedia
  2. René Depestre : une année pour célébrer le centenaire d'un colosse de la littérature haïtienne — Le National
  3. Jacmel célèbre le centenaire de René Depestre — Vant Bèf Info
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