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Élections • Analyse

À la veille du scrutin, l'incertitude domine plus que la certitude

PORT-AU-PRINCE TIME 29 août 2026 7 min de lecture
Uder Antoine, directeur du Conseil électoral provisoire, signe un document officiel devant la bannière du CEP et le drapeau haïtien.
Uder Antoine, directeur du Conseil électoral provisoire (CEP), lors d'une signature officielle. Photo : Conseil électoral provisoire.

À la veille du scrutin général du 30 août, fixé de longue date par le Conseil électoral provisoire, l'incertitude domine davantage que la certitude. Cinq jours seulement après le massacre de Kenscoff, qui a fait au moins 47 morts, la question n'est plus seulement de savoir si le vote se tiendra dans de bonnes conditions, mais s'il pourra matériellement se dérouler sur l'ensemble du territoire national.

Sur le plan technique, le CEP affirme que l'essentiel des préparatifs est achevé : accréditation des observateurs, formation des agents électoraux, acheminement progressif du matériel vers les centres de compilation départementaux. Le directeur de l'institution, Uder Antoine, a supervisé ces derniers jours la validation des derniers documents du processus, entouré de son équipe au siège du Conseil, dans un climat que plusieurs cadres électoraux décrivent en privé comme tendu mais déterminé.

« Tendu mais déterminé » — la manière dont plusieurs cadres électoraux décrivent l'ambiance au siège du Conseil électoral provisoire à la veille du scrutin.

Mais ce satisfecit technique tranche avec la réalité sécuritaire. Dans l'aire métropolitaine et les communes environnantes, la coalition Viv Ansanm contrôle désormais entre 70 % et 80 % du territoire, selon les dernières estimations des observateurs. Kenscoff, où au moins 47 personnes ont été tuées dans la nuit du 23 au 24 août lors d'une attaque contre un site de déplacés, illustre à quel point les autorités peinent à garantir ne serait-ce que la sécurité minimale d'une commune, à quarante-huit heures d'un scrutin national.

La question posée par de nombreux observateurs de la vie politique haïtienne, à la veille du vote, est celle de la volonté réelle de l'État à traiter la racine du problème plutôt que ses seules conséquences. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait promis, au lendemain du massacre, une réponse ferme et le démantèlement des réseaux criminels impliqués. Cinq jours plus tard, aucune opération de grande envergure n'a été rendue publique, et le porte-parole de la Police nationale avait lui-même reconnu, lors d'un point de presse, l'absence de plan opérationnel concret.

Ce décalage entre les annonces et les actes n'est pas nouveau. Le retrait, en avril dernier, de la mission multinationale d'appui à la sécurité conduite par le Kenya, sans qu'un dispositif de remplacement pleinement opérationnel n'ait pris le relais, a laissé un vide que la coalition Viv Ansanm, dirigée par l'ex-policier Jimmy « Barbecue » Chérizier, a continué d'exploiter méthodiquement, y compris dans des zones rurales périphériques jusqu'ici relativement épargnées.

Sur le terrain, cette incertitude sécuritaire se traduit concrètement pour les électeurs : plusieurs bureaux de vote prévus dans des zones sous influence de groupes armés restent, à la veille du scrutin, dans une situation logistique incertaine, entre relocalisation de dernière minute et absence de garanties de sécurité pour les agents électoraux appelés à s'y rendre. Plusieurs partis parmi les 119 formations enregistrées ont publiquement demandé des assurances supplémentaires, sans obtenir à ce stade de réponse détaillée de la part du Conseil électoral.

Malgré ce contexte, le CEP maintient sa position : le scrutin se tiendra à la date prévue, sur l'ensemble des dix départements. Une fermeté que la direction de l'institution justifie par la nécessité de ne pas céder au calendrier imposé par la violence armée, au risque, selon plusieurs analystes, de conduire à une participation très inégale entre les zones sécurisées et celles où la présence des gangs continue de dicter le quotidien des populations.

À quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote, PORT-AU-PRINCE TIME continuera de suivre, commune par commune, les conditions réelles dans lesquelles se déroulera ce scrutin, et les mesures — annoncées ou effectivement mises en œuvre — pour protéger les électeurs les plus exposés.

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